Les productions horticoles et animales au sénégal (Maty Ba Diao)
Auteur : Ba Diao / Maty - Institut Sénégalais de Recherches Agricoles
Les systèmes de production intra et périurbains à Dakar sont très diversifiés en termes de spéculations (légumes, fruits, fleurs, lait, viande, œufs, etc.), de pression foncière (faibles surfaces, insécurité foncière) et de profil socio-économique des exploitants (jeunes, immigrés, populations peu qualifiées, fonctionnaires, entrepreneurs, etc.). Le système périurbain de production horticole familial (plus de 90% des 3000 exploitations horticoles) est le principal système de production, avec moins d’un hectare de surface, des exploitations en relative insécurité foncière (métayage, location), et une forte présence d’immigrés des pays voisins. Dans les systèmes qualifiés de commerciaux, il existe une main-d’œuvre salariée, des équipements pour l’irrigation, et une production qui vise les exportations (haricot vert notamment). Les systèmes de production animale restent dominés par l’aviculture, en forte difficulté depuis la réduction des taxes sur les produits importés et l’élevage du mouton fortement autoconsommé. Les unités de production jouent un rôle important dans l’approvisionnement de la ville en produits agricoles frais et à l’exportation et procurent des emplois à des milliers de personnes. Toutefois, la survie de l’agriculture urbaine et périurbaine reste menacée par de nombreuses contraintes dont certaines sont prises en considération dans la mise en œuvre de programmes de développement et/ou de recherche.
Caractéristiques de la zone urbaine et périurbaine de Dakar
Transport fourrages Niayes Pikine (Senegal) L’agglomération de Dakar fait partie de la région naturelle des Niayes située dans la partie nord-ouest du Sénégal, comprenant la frange côtière et son arrière-pays immédiat qui s’étend de Dakar à Saint Louis. Une étude de caractérisation des systèmes de production, de mise en marché, de transformation et de consommation a été réalisée en 2002 dans le cadre d’une action de recherche-développement financé par le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF). L’objectif était de préparer un projet régional visant à renforcer la durabilité économique et écologique de l’agriculture urbaine et périurbaine (AUP), pour trois villes d’Afrique francophone : Dakar (Sénégal), Yaoundé (Cameroun) et Cotonou (Bénin).
Dakar a été retenue en raison de l’importance et de l’ancienneté des activités agricoles dans sa zone urbaine et périurbaine. Cette ville et sa périphérie bénéficient d’une longue tradition agricole de productions maraîchères, fruitières et ornementales, ainsi que de petit élevage, tant pour l’autoconsommation que pour la commercialisation sur les marchés urbains. L’horticulture y a connu ses débuts en 1903 avec le jardin de Hann. Concernant l’élevage, les premières migrations importantes d’éleveurs vers les Niayes de Dakar remonteraient vers 1915. Si "traditionnellement", on pouvait distinguer les cultures vivrières des cultures de rente, la situation qui prévaut actuellement rend cette distinction caduque : ces cultures ont peu à peu cédé la place aux cultures spéculatives telles que les cultures horticoles. Dans le droit fil de cette logique marchande, les systèmes pastoraux ont connu une évolution certes plus lente, mais très voisine. La zone périurbaine de Dakar fournit des produits animaux finis (œufs, poulets de chair, lait), grâce à des appareils de production de plus en plus modernes.
La modernisation des outils de production a bénéficié de l’intervention d’une multitude de programmes de recherche-développement et de projets d’appui aux producteurs. Les résultats inégaux de ces actions se sont traduits par une diversité des produits, des techniques de production, mais également des contraintes biologiques, techniques, socio-économiques.
L’agglomération de Dakar fait partie de la région naturelle des Niayes située dans la partie nord-ouest du Sénégal, comprenant la frange côtière et son arrière-pays immédiat qui s’étend de Dakar à Saint Louis. Les Niayes offrent un paysage particulier comprenant des dépressions et des dunes reposant sur une nappe peu profonde, avec une hydrographie jadis riche en lacs et points d’eau, qui a permis le développement d’une végétation luxuriante sous ces latitudes sahéliennes. Les précipitations sont peu abondantes et dépassent rarement 500 mm dans la région de Dakar. Mais la zone bénéficie d’un microclimat particulier car, si le Sénégal dans sa majeure partie, bénéficie d’un climat tropical sec à subsahalien, celui de la zone des Niayes est de type subcanarien caractérisé par l’alizé boréal maritime. Lorsque ce vent soufflant du secteur Nord (NNW-NNE) est dominant, soit de décembre à mai, les températures sont relativement fraîches et de faibles amplitudes (19-22°C en moyenne), l’humidité est élevée et constante, et ce, au moment où les régions intérieures sont soumises au vent chaud et sec de l’harmattan (30-40°C).
La non dépendance à la variabilité climatique pour la satisfaction des besoins en eau des cultures, quelle que soit la saison, est due aux potentialités hydriques. La bonne réserve en eaux souterraines permet d’irriguer au moins 13 000 de ses 36 000 ha de terres arables.
La région de Dakar compte une population estimée à 2 411 528 dont 50% sont âgés de moins de 18 ans. Elle concentre 24% de la population nationale sur 0.3% du territoire. La croissance démographique (4%) s’explique à la fois par les forts taux de natalité, mais aussi et surtout par les flux migratoires venant, d’une part, de l’intérieur du pays dont Dakar accueille 45 % du total et, d’autre part, des Etats riverains attirés à la fois par le développement économique de Dakar et les conditions naturelles favorables aux activités agricoles.
Les principaux systèmes de production urbains et périurbains
Plusieurs critères ont été utilisés pour définir les systèmes de production (tableau 1). Il s’agit du statut foncier, des spéculations, des conditions de production, de l’origine du propriétaire et de la destination des produits.
Les systèmes périurbains de production horticole paysanne
Ils constituent l’écrasante majorité des exploitations horticoles de la région de Dakar, 93% des exploitations recensées. Leur taille est inférieure à 1 hectare (84% exploitent moins de 0,5 ha). Cette exiguïté, empêche les rotations, rendant inefficace la phytoprotection malgré les fréquences parfois élevées des traitements chimiques. Les équipements sont sommaires et l’utilisation des intrants, notamment les fertilisants, est minimale. Le mode de faire valoir indirect est dominant, d’où une forte présence de migrants. Les cultures qui s’étalent sur toute l’année sont très diversifiées et essentiellement destinées à l’approvisionnement des marchés locaux. Les producteurs sont en majorité analphabètes et peu formés techniquement. Cela représente un frein à la modernisation, à l’appropriation de nouvelles technologies, à la capacité de créer et de gérer des organisations de producteurs pour la défense de leurs intérêts et à la formalisation de leurs relations avec les fournisseurs et les clients.
Les systèmes périurbains de production horticole entreprenariale Ils constituent 7% des exploitations horticoles, mais détiendraient plus de 70% des terres de la zone. Ce sont des exploitations privées ou à caractère associatif dont la particularité est la forte présence de populations d’origine citadine (commerçants, fonctionnaires, industriels), l’emploi de la main d’œuvre salariée et la forte mécanisation.
Parmi elles, se trouvent des exploitations spécialisées, dont la taille dépasse souvent 50 ha et le niveau d’investissement la centaine de millions. La destination principale de la production est l’exportation. Les spéculations sont très peu diversifiées, le haricot et la tomate constituent 80% des exportations lors de la campagne 1999-2000. La main d’œuvre féminine en provenance des villages environnants est largement utilisée pour la récolte et le conditionnement des produits. Ces producteurs essayent de plus en plus de maîtriser l’ensemble de la chaîne production /exportation pour la totalité des produits afin de s’assurer de leur qualité et de leur traçabilité.
Systèmes périurbains de production avicole intensive
L’aviculture est une activité professionnelle secondaire pour la majorité des producteurs . Les propriétaires résident à Dakar et sont très peu présents dans les exploitations qui sont de taille réduite (200 m2). L’aviculture est associée à d’autres productions agricoles, notamment, l’arboriculture fruitière qui bénéficie ainsi de la matière organique (fiente de volaille).
L’aviculture spécialisée est pratiquée par 250 producteurs d’origine citadine. Parmi ces producteurs, on dénombre une grande entreprise exportatrice, qui présente une filière intégrée des reproducteurs à l’abattage et au conditionnement de viande et d’œufs.
L’aviculture intensive bénéficient de l’appui d’une filière bien structurée, surtout en amont, avec l’existence de tous les maillons de la chaîne (accouveurs, provendiers, distributeurs de matériel, techniciens, organisations des producteurs, etc.) aussi bien au niveau chair qu’au niveau ponte. La tendance est à la professionnalisation des élevages du fait de l’émergence d’une nouvelle catégorie d’éleveurs instruits, de leur organisation à travers plusieurs associations (UNIA, Union nationale des industriels de l’aviculture ; MDA, Maison des aviculteurs) et de leur participation à des foires agricoles nationales et internationales (Dakar, Abidjan, Rennes, etc.). Cependant, l’élevage de poulet de chair souffre aujourd’hui de la concurrence des cuisses et ailes de volaille importées de l’Union Européenne, 50% des élevages auraient cessé toute activité depuis l’an 2000 (enquêtes janvier 2002).
Les systèmes urbains de production maraîchère
A l’intérieur de la ville, la population a développé une stratégie locale de production maraîchère qui s’est traduite par l’utilisation des eaux usées. L’usage des eaux usées présentent, d’après les producteurs, plusieurs avantages. Il diminue les quantités de fertilisants minéraux, raccourcit le cycle des cultures (gain d’une semaine pour la laitue), améliore le développement végétatif et augmente les rendements. Au delà de la mise à disposition de fertilisants, l’utilisation des eaux résiduaires réduit les besoins en pesticides et herbicides.
Ces maraîchers exploitent des domaines relativement petits, de 500 m2 à 2500 m2, à l’aide de petit matériel agricole de binage, désherbage, d’émondage, de sarclage et de repiquage. Parmi eux, on compte beaucoup de migrants du bassin arachidier et de la Guinée. Ils cultivent des espèces locales, bon marché, pour les consommateurs à moindre revenu. Les légumes récoltés, s’ils ne sont pas auto-consommés, suivent un circuit de commercialisation de proximité. Malgré la petitesse des superficies, les cultures sont très diversifiées. Une dizaine de spéculations sont notées mais la laitue, la tomate et le piment sont les plus cultivés. Les deux premières spéculations sont des espèces susceptibles d’être consommés crues, ce qui accroît les risques sanitaires liés à l’utilisation des eaux usées brutes.
Sur le plan foncier, la situation de ces maraîchers est assez précaire. En effet, les terres leur sont prêtées, louées ou données en métayage. Ils peuvent en perdre l’usage à tout moment ; ce qui peut justifier la faiblesse des investissements limités à la mobilisation de la ressource "eau".
Les élevages urbains
L’urbanisation et les problèmes qu’elle pose pour l’entretien des animaux n’a pas dissuadé les citadins à élever des animaux dans leurs maisons. Au contraire, il est constaté une expansion de l’élevage d’ovins et de volaille à la faveur de la croissance des villes et de l’accroissement du chômage (Statistiques de la Direction de l’Elevage). L’aviculture dans la ville de Dakar est une activité temporaire de production de poulets de chair. Les propriétaires sont en majorité des jeunes sans emploi qui gèrent de petits élevages urbains de poulets destinés aux fêtes religieuses (Korité, Tamkharit, Noël etc.). Les propriétaires s’occupent eux-mêmes de leur élevage qui est leur seule activité professionnelle. Les effectifs de volaille sont très réduits (de 100 à 200 unités par bande), en fonction de l’espace disponible dans la maison, des moyens financiers et des possibilités d’écoulement des produits. Ces élevages résistent mieux à la concurrence des cuisses de poulets importés que les systèmes périurbains avicoles intensifs, car ils produisent seulement en période de forte demande et ils ont pu créer un réseau commercial de proximité, avec fidélisation de la clientèle.
L’élevage de mouton à Dakar est un véritable phénomène social. Près d’une maison sur deux (47%) possèdent un élevage de mouton. Les principaux éleveurs sont les chômeurs, les retraités, les femmes au foyer, les commerçants et les salariés. Tous les membres de la famille (hommes, femmes, enfants) participent à l’entretien des animaux. Cet élevage tire son existence de croyances culturelles ou religieuses. La principale motivation est l’autoconsommation lors des fêtes religieuses (63,1%) et la Tabaski est le moment privilégié de déstockage (42% des abattages). Le mode d’élevage est plus intensif qu’en milieu rural avec la construction de bergerie, l’achat d’aliment de bétail et de produits vétérinaires et l’amélioration génétique par introduction de races plus performantes que le peul-peul sénégalais. Mais le coût d’entretien d’un mouton (41 700 francs CFA/an) est très élevé et la divagation pratiquée par certains autour des marchés est une stratégie de réduction des frais d’alimentation. De plus, l’exiguïté de l’habitat pose des problèmes de santé des animaux (mauvais éclairage, mauvaise ventilation, atmosphère confinée) et réduit fortement leur productivité.
Une dynamique de professionnalisation est en train de prendre forme autour des élevages ovins dont la destination première des produits est le marché dakarois. Une association les regroupant est née. Le but est la création d’un élevage d’élite autour de races en provenance de la sous-région africaine (Touabire, Bali-bali, Ladune) grâce à un entretien rigoureux en matière d’alimentation et de santé.
Autres systèmes de production
Il y a d’autres types de production de moindre importance du fait d’un nombre plus faible d’exploitations ou de part les superficies concernées.
Les systèmes de production laitière sont dominés par l’exploitation d’espèces bovines et caprines de races locales. Actuellement, l’élevage laitier intensif ne concerne que onze exploitations dans la région de Dakar (enquêtes janvier 2002). Ce sont des systèmes de production très précaires, en raison des problèmes d’espace et d’alimentation.
La floriculture est pratiquée par 410 exploitants recensés en zone urbaine et périurbaine de Dakar. Les caractéristiques dominantes sont le "squatting" des terres le long des axes routiers et dans les cités résidentielles, la production en miniature et la faiblesse des investissements. Beaucoup d’horticulteurs n’ont aucune formation initiale et la technicité est souvent acquise grâce à une longue pratique sur le terrain.
La technique de micro-jardin ou le maraîchage hors-sol est caractérisé par la culture dans des contenants préfabriqués (caissons, petites tables en bois, bassines, etc.) recouverts d’une gaine plastique et contenant de l’eau enrichi de macro et d’oligo-éléments minéraux ou un substrat solide inerte de composition diverse : gravillon, balle de riz, coque d’arachide. Ce système de production est récent et en phase d’extension dans la ville de Dakar surtout à l’intention des femmes et des jeunes.
Les autres systèmes de production sont l’aviculture familiale périurbaine utilisant la poule locale principalement en divagation et la culture pluviale.

